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LES MODILLONS des EGLISES ROMANES

texte français adapté du site rouergat et excellent
http://homepage.mac.com/joel.jalladeau/martin12/index.html

et du site
http://hortusdeliciarum.free.fr


photo de Jacques Martin



» La brillante constellation des hauts-lieux architecturaux n'est qu'une partie du patrimoine roman de l'Europe occidentale. Les joyaux mondialement célèbres ne doivent pas faire méconnaître les édifices rustiques au charme discret. Et c'est encore plus vrai pour celui qui porte toute son attention à cet aspect de l'art populaire que sont les modillons. C'est à une balade nez-en-l'air à la découverte de cette autre façade des sculptures romanes que vous convie ce site.

Comme pour les édifices romans en général, les modillons - assez petits blocs de pierre, sculptés de façon fine ou grossière, placés sous les corniches pour les supporter - diffèrents de silhouette selon la nature des matériaux à la disposition des sculpteurs.

On sait que les profondes différences dans la nature du sol n'ont pas été sans influencer, tout à la fois, les paysages et l'art de bâtir. Le matériau a joué sur la forme et la structure des églises romanes. Les assises granitiques ou volcaniques donnent des roches dures engendrant une architecture sévère de formes et de couleur. Ces matériaux résistants se prêtent beaucoup moins que le calcaire aux riches ornementations finement ciselées.

Exécutés à partir de blocs de pierres sombres et dures de type granitique ou volcanique, les modillons se présenteront le plus souvent sous forme d'esquisses grossières. Sculptés dans du grès rouge les modillons seront plus sensibles à l'usure du temps et des intempéries.

Réalisés à partir de roches calcaires, tendres et blondes, ils seront davantage ouvragés - selon le talent et l'imagination des sculpteurs.

Certains édifices marient même les différents matériaux. Le petit monde plein de saveur des modillons est loin d'être uniforme ; les formules ornementales offrent continuellement des surprises.

Comme l'ensemble des monuments ce petit patrimoine roman, interrogé dans son profond silence, constitue un riche document d'histoire. Les édifices romans, s'ils ont tendance à devenir un domaine réservé aux historiens de l'art, furent un jour l'expression d'une jaillissante manifestation de vie. C'est cette énergie vitale créatrice que manifeste l'art populaire que sont les modillons.

S'il n'est évidemment pas question d'élever l'art des modillons au même rang que celui des supports majeurs que sont les chapiteaux, chevets ou tympans, c'est un support mineur mais plein de saveur dont il s'agit. Parce qu'il demeure une représentation de la culture médiévale, cet art quoique marginal mérite de ne pas être ignoré.

Ce qui frappe dans ce voyage à travers les modillons romans c'est la créativité des imagiers et la richesse des thèmes qu'ils abordent. La naïveté et la gaucherie du style des uns frappe tout autant que l'habileté soigné des autres. Si la verve du tailleur s'est souvent donnée libre cours, sous les toits de ces havres de paix et de salut consacrés à la célébration du «Tout Puissant», la liberté d'inspiration semble élevée puisque des scènes érotiques ou obscènes à nos yeux modernes-pudibondes) jouxtent des ornementations florales ou géométriques, des représentations animalières ou monstrueuses aussi bien que des évocations de thèmes religieux, éducatifs, moraux. Ce qui conduit l'homme moderne à s'interroger sur la dimension purement ornementale des modillons ou sur leur éventuelle portée symbolique ? En l'absence de sources historiques laissées par les imagiers romans l'interprétation restera souvent délicate. On peut penser qu'il n'y a pas sous les corniches de projet symbolique global, mais il semble, en revanche, que certains modillons, considérés séparément, recèlent un message. Sans doute, faut-il éviter deux écueils dans la lecture des modillons : voir trop grand (les survivances celtiques-païennes ou assyriennes-égyptiennes-sumériennes ou classiques grècques-romaines) ou trop petit (les jeux-d'esprit, curiosités ou drôleries). Mesure, cas d'espèce et contexte sont des voies d'approche pour le non spécialiste qui veut voyager à travers le temps des pierres. De nos jours, la force expressive de l'imagier demeure même si son sens plénier n'est pas parfaitement retrouvé. Les personnes d'aujourd'hui peuvent au moins se retrouver à ce niveau, même si la mémoire des pierres exprime plus profondément comment une partie de l'humanité s'est un temps définie avec ses problèmes, sa façon de voir et ses tentatives de se perfectionner elle-même ainsi que le monde dans lequel elle se situait. «                    

(texte français adapté du site rouergat et excellent   http://homepage.mac.com/joel.jalladeau/martin12/index.html)

Les exhibitionnistes font une partie pas inconsidérable de la vaste gamme de sujets et de motifs modillonaires. Le texte anglais de mon site web discute la grande variété d'exhibitionnistes que la plupart des écrivains et des rechercheurs francais (dont plusieurs réligieux) ont refusé de reconnaître, aveugles de notre pudibonderie moderne - c'est à dire après-romane, après-Réformation et après-Siècle-des-Lumières.

Mais, comme on peut vite voir sur ces pages-ci, les exhibitionnistes font une partie d'une gamme plus petite, qui s’agit de figures montrant ou symbolisant la concupiscence, un comportement libidineux, la luxure, la lubricité, l’impudicité - les plaisirs (c'est à dire les pêchés) de la chair.



Empruntant les traits plus ou moins réaliste d’hommes, de femmes, d’animaux, de monstres hybrides, de couples, s’exhibant sans détour, faisant des attouchements ou simplement pratiquant le coït, ces «obscenæ» forment une iconographie complexe se répandant dans presque l’ensemble des arts : dans la peinture, la sculpture, la broderie, l’enluminure, l’orfèvrerie. Si le champs d’étude est vaste, il demeure que une simple définition reste insuffisante sans prendre compte d'un élément essentiel : ce qui nous apparaît aujourd’hui obscène ne l’est pas forcément pour l’époque médiévale.

Les auteurs du Moyen Âge n’abordent pas directement ces motifs. En revanche, ils nous définissent à différents degrés ce qu’est pour eux l’obscénité, la licence, la luxure, et ce, généralement sous la forme des comportements répréhensibles par la morale de leur temps. Mais, là également, une telle approche souffre d’un écueil qui lui est consubstantiel. En effet, les sources romanes ou gothiques nous donne certes une vision de leur époque, mais il s’agit en fait d’un miroir déformé. Celui-ci provient de l’origine même de la source, c’est-à-dire de la position sociale de l’auteur. Georges Duby, dans son fameux Le mâle Moyen Âge et plus précisément dans son très court préambule, nous définit très bien ce problème. Il y écrit que la source littéraire médiévale est dans sa grande majorité celle écrite par des hommes qui sont de surcroît des religieux s’adressant à d’autres ecclésiastiques, « éduqués, élevés, dressés » pour avoir une grande défiance automatique envers la sexualité, la nudité - et même les femmes. Ces dernières seront même jugées comme des tas d’excréments - une vision peut-être pas partagée par tous.

De même, de nombreux auteurs romans ont défini les unions illégitimes comme l’un des pires péchés et que le fruit qui en résultait comme une naissance dépourvue d’âme, et donc était dans son essence déjà damnée. Toutefois, une rapide étude de la bien mal nommée Tapisserie de Bayeux nous montre qu’un tel enfant, comme l’était Guillaume le Conquérant, pouvait être soutenu par le Pape dans son entreprise guerrière. En effet, l’embarcation du Duc de Normandie est surmontée par l’emblème du Pape lors de la scène où les troupes normandes se rendent en Angleterre.

Cette œuvre brodée romane nous montre également que la nudité n’est pas le seul critère pour définir l’obscénité selon les personnes de l’époque romane. Un regard attentif de cette œuvre d’art de plus de 70 m. de long nous fait constater que les marges sont habitées par des personnages nus, majoritairement masculins et offrant à la vue de tous des phallus.



Dans le registre principal de la composition, nous notons également que la totalité, sauf un, des équidés sont des étalons présentant tous un corps érectile bien détaillé. Pourtant, l’emploi d’étalon au combat est peu probable du fait de leur propension à ne pas pouvoir être contrôlés en présence d’une jument en plein cycle de menstruation. L'un qui fait exception est chevauché par Guillaume tenant sur son bras un faucon. Sa monture, de proportion identique aux autres, possède de plus longues oreilles mais est dépourvue d’un sexe. En fait, il s’agit ici d’une mûle, c’est-à-dire d’un fruit d’une union non naturelle entre un étalon et une ânesse. En d’autres termes, les auteurs et les commanditaires de cette œuvre ont qualifié la bâtardise du cavalier. Cependant, ils ont également mis en avant sa loyauté envers l’Eglise et sa légitimité aux yeux de celle-ci, et ceci, au détriment de son adversaire qui s’était parjuré.



En conséquence, les réprésentations «obscènes» sont des œuvres d’art revêtant une multitude de forme allant de l’allégorie au simple exhibitionniste. Elles ont été trop souvent qualifiées de curiosités, dénigrant leur valeur plastique ainsi que spirituel, et l’aide qu’elles pouvaient apporter à la complète compréhension d’une époque forcément mal connue. Aussi, c’est bien là l’utilité de cette recherche. Ainsi ce site tentera d'offrir une perspective sur la pensée et la logique de l'époque romane - et aussi sur un épanouissement curieux du motif exhibitionniste dans les XIVe et XVe siècles, et même plus tard, pour lequel je suggère quelques différentes (et doûteuses) hypothèses d'interprétation.

Ce site Internet a naturellement une vocation collaboratrice, alors si au cours de vos périgrinations vous découvrez une petite sculpture romane «obscène» près de chez vous, n'hésitez pas à me faire parvenir une photographie ou un dessin de l'œuvre avec un descriptif (localisation sur le bâtiment, rapide description du contexte iconographie, nom de l'édifice, nom du lieu de la découverte avec le nom du département), à cette adresse courriel:


 

«LE DIABLE A L'AINE»
Une version française du texte anglais va paraître dans quelques mois sur des pages parallèles.

 

Voir diaporama des images de la Concupiscence, de la Luxure,
et autres pêchés de la chair >

 

bibliographie

 

Présentation de l'éditeur:


Nos contemporains ont une prédilection pour l'art médiéval et en particulier pour l'art roman. Mais cet art roman que nous voyons autour de nous et que les médias nous montrent sans cesse n'est pas toujours celui de la vie quotidienne des gens du Moyen Age.
Fruit de restaurations successives, de l'évolution de la recherche et des fluctuations du goût, notre vision n'est au fond qu'une construction intellectuelle qui repose sur des mythes romantiques, des connaissances partielles et des restitutions délibérées qui n'ont pas grand-chose à voir avec l'étude de l'art. C'est à bon droit que ce livre au titre provocateur évoque les multiples courants qui ont contribué à "inventer" l'art roman, qu'il dénonce de multiples erreurs historiographiques et dégage les aspects de la personnalité du véritable "art roman".

Xavier Barral i Altet, médiéviste de renommée internationale dont les ouvrages sont traduits dans de nombreuses langues, tranche sur de nombreuses questions controversées, comme la célébrité des artistes, la place de la femme dans l'univers misogyne de l'époque, la polychromie des édifices, la surenchère des pèlerinages ou l'importance de l'or dans la création.

La " laideur " de l'art roman contrasterait-elle avec la " beauté " d'un art gothique qui a inventé l'église de verre et a mis en place la théologie de la lumière ? En dessillant nos yeux blasés, l'auteur nous convie à une véritable redécouverte.

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L'art roman: terme inventé en 1818 par Charles de Gerville.

 

Voir - sur un site pas trop raisonnable - quelques images de la Luxure etc. à l'église de Corme-Ecluse (Charente-Maritime).


Le Diable à l'Aine


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